"Un député, ça compte énormément »: extraits (3)
La majorité à l’Assemblée nationale doit trouver une juste distance par rapport à l’exécutif. Elle doit aiguillonner le gouvernement sans contester les réformes engagées. Elle doit se saisir de nouveaux débats sans brouiller les messages politiques ni dénaturer le projet présidentiel choisi par des millions d’électeurs. Elle doit garder un esprit vigilant et exercer sa mission de contrôle sans fragiliser la dynamique des réformes.
[Jean-François Copé tire les conséquences de la révision constitutionnelle de juillet 2008.]
La figure du Premier ministre n’est pas devenue accessoire, mais elle est reléguée au second plan. Ce n’est plus elle qui porte l’impulsion. Ce n’est plus elle qui relance la dynamique. En écrivant cela, je souhaite que mes propos ne soient pas mal interprétés, et que personne n’y lise une attaque contre le Premier ministre. J’essaie juste de décrire le nouvel état des lieux institutionnel tel que je le vois, le plus objectivement possible et sans arrière-pensées.
[...] Pour moi, le gouvernement garde une utilité indéniable, afin d’éviter que l’Elysée ne se transforme en goulet d’étranglement, submergé par les demandes de toutes parts. On a toujours besoin de ministres pour prendre en charge les mises en oeuvre opérationnelles des réformes, pour en assurer le service après-vente. Le gouvernement garde aussi un rôle important dans le suivi du travail parlementaire et dans la relation avec les députés et sénateurs : le président de la République et ses équipes ne peuvent pas « traiter » en direct chacun d’eux. Avec le renforcement des pouvoirs du Parlement, la qualité des rapports avec les élus va devenir un aspect encore plus déterminant pour chaque ministre. Aucun des membres du gouvernement, à commencer par le Premier, ne pourra plus sous-traiter ce travail à un secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement.
[...] Que le Premier ministre soit rassuré. Les institutions de notre République ne sont pas un jeu à sommes nulles : donner plus de pouvoir au Parlement, ce n’est pas en enlever au pouvoir exécutif. En revanche, a-t-il vraiment pris la mesure de ce qu’il avait demandé aux parlementaires d’adopter en juillet 2008 ? On ne peut pas demander aux élus, pendant l’été, de voter une réforme qui redonne du pouvoir au Parlement et faire des rappels à l’ordre à l’automne quand ils usent de leur droit d’initiative. Personne ne pourra désormais priver les députés de leur capacité à avancer des propositions nouvelles.
La majorité à l’Assemblée nationale doit trouver une juste distance par rapport à l’exécutif. Elle doit aiguillonner le gouvernement sans contester les réformes engagées. Elle doit se saisir de nouveaux débats sans brouiller les messages politiques ni dénaturer le projet présidentiel choisi par des millions d’électeurs. Elle doit garder un esprit vigilant et exercer sa mission de contrôle sans fragiliser la dynamique des réformes.
La ligne de crête est parfois étroite. C’est la responsabilité du président de groupe de la tenir, en canalisant les excès des uns, en invitant les autres à se départir de leur frilosité, en dressant des perspectives qui mobilisent tous les députés dans un même état d’esprit constructif.
Personne ne peut sérieusement soutenir l’idée d’un affaiblissement du pouvoir exécutif face au Parlement. Personne ne pourra revenir sur la place centrale qu’occupe le président de la République dans l’architecture institutionnelle et dans la vie politique françaises. [...] Ce n’est pas à l’Assemblée nationale de gouverner. Elle en est d’ailleurs bien incapable. Elle a d’autres immenses défis à relever pour être à la hauteur de ses nouvelles missions.

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2 commentaires
M. Copé,
Je viens de vous entendre dans le cadre de l’émission Rispostes. Ce n’est évidemment pas la première fois. Trois questions au parlementaire, au représentant de la majorité et à l’homme politique à l’ambition présidentielle :
– trouvez vous normal que le Front National ne soit pas représenté à l’Assemblée Nationale du fait d’un mode de scrutin inique, qui éloigne le parlementaire de la réalité des courants politiques du pays ? En 2002, il n’y avait aucun parlementaire FN et Le Pen arrivait au second tour…
– Sur l’Europe, comment expliquez-vous le hiatus terrible entre la représentation nationale et la population, qui s’est illustré dramatiquement lors du référendum sur le TCE ?
– Je ne suis pas convaincu de votre sincérité quand vous parlez de la France et de son identité. Je vous ai observé et je trouve suspect votre rejet brutal du Front national. Au-delà des provocations du leader de ce parti et de quelques-uns de ses membres, il a incarné pendant trente ans d’errance de la « droite de gouvernement » l’espoir de tous ceux qui ne se résignent pas au délitement de l’identité française et de la cohésion nationale. Taxer le FN de fascisme et d’antisémitisme est trop facile et me semble irresponsable. Pourquoi ne pas changer votre discours formaté et ne pas discuter avec les cadres du FN pour élaborer un programme commun, qui est l’espoir de ceux qui se désolent de ce que la droite n’existe plus ?
M. Copé,
Je viens de vous entendre dans le cadre de l’émission Rispostes. Ce n’est évidemment pas la première fois. Trois questions au parlementaire, au représentant de la majorité et à l’homme politique à l’ambition présidentielle :
– trouvez vous normal que le Front National ne soit pas représenté à l’Assemblée Nationale du fait d’un mode de scrutin inique, qui éloigne le parlementaire de la réalité des courants politiques du pays ? En 2002, il n’y avait aucun parlementaire FN et Le Pen arrivait au second tour…
– Sur l’Europe, comment expliquez-vous le hiatus terrible entre la représentation nationale et la population, qui s’est illustré dramatiquement lors du référendum sur le TCE ?
– Je ne suis pas convaincu de votre sincérité quand vous parlez de la France et de son identité. Je vous ai observé et je trouve suspect votre rejet brutal du Front national. Au-delà des provocations du leader de ce parti et de quelques-uns de ses membres, il a incarné pendant trente ans d’errance de la « droite de gouvernement » l’espoir de tous ceux qui ne se résignent pas au délitement de l’identité française et de la cohésion nationale. Taxer le FN de fascisme et d’antisémitisme est trop facile et me semble irresponsable. Pourquoi ne pas changer votre discours formaté et ne pas discuter avec les cadres du FN pour élaborer un programme commun, qui est l’espoir de ceux qui se désolent de ce que la droite n’existe plus ?