Quotas laitiers, PAC et indépendance alimentaire… Des enjeux hautement stratégiques !
Est-il normal que les producteurs de lait travaillent à perte ? Bien sûr que non. C’est pourtant ce qui arrive lorsque le prix de vente aux industriels s’effondre brutalement, comme au mois d’avril (- 30% en moyenne). Pour être complet, précisons qu’il avait augmenté fortement en 2008. Certains disent que c’est le jeu normal du marché, la rencontre de l’offre et de la demande, avec ses hauts et ses bas, ses pénuries et ses surplus… Bref, il faudrait laisser faire le marché. Mais les produits agricoles sont-ils des biens comme les autres ? J’ai la conviction du contraire.
Résolument, je me bats pour une politique agricole ambitieuse et pour une régulation intelligente des marchés agricoles. Alors que certains remettent en cause la Politique Agricole Commune en raison de son coût (40% du budget de l ‘ Union européenne), alors qu ‘ une fin des quotas est programmée à horizon 2015, alors que plusieurs mécanismes de soutien à la production sont menacés, je veux mettre en garde l ‘ Europe contre un risque majeur. Il ne faut pas passer à côté d ‘ un défi essentiel, dans les années qui viennent, à l ‘ échelle de la planète : le défi de l ‘ indépendance et de la sécurité alimentaires.
A mes yeux, c ‘ est un enjeu aussi vital pour notre continent que la question énergétique. Cela doit devenir une priorité stratégique. Pour le comprendre, il suffit de voir l ‘ engagement de l ‘ administration américaine pour protéger son agriculture. Il suffit de prendre en compte la ruée vers les terres arables qui se déroule en ce moment même dans plusieurs parties du monde : des fonds d ‘ investissement et des pays qui cherchent davantage de surfaces agricoles (Corée du Sud, pays du Golfe, Chine, Japon…) rachètent des terres, notamment en Afrique, pour assurer leur indépendance alimentaire. Et nous, qui avons des atouts considérables en matière agricole, nous devrions les laisser en jachère !
La France a raison de défendre une agriculture de qualité, capable de garantir la suffisance alimentaire européenne. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d ‘ une approche à courte vue, qui laisserait le prix des céréales ou du lait faire du yoyo au gré des spéculations ou des saisons. Il faut sans aucun doute rénover encore la PAC, pour mettre l ‘ accent sur la qualité et le respect de l ‘ environnement, pour ne pas asphyxier les pays agricoles du Sud en faisant du dumping… Mais il est hors de question de mettre en danger l ‘ avenir de notre agriculture au nom de la dérégulation. Il en va de notre sécurité !

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