Le Liban sur la voie de la stabilité
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, le Liban semblait à nouveau menacé par ses vieux démons : anciennes blessures de la guerre civile prêtes à se rouvrir, rivalités exacerbées entre communautés, équilibre des institutions fragilisé par les tentatives d’ingérence des grandes puissances régionales. J’avais alors pu constater, en me rendant à Beyrouth en 2007 et en 2008 que le Liban se situait sur la corde raide : hésitant à basculer dans la guerre ou la paix.
Après une visite nouvelle à Beyrouth, les vendredi 18 et samedi 19 décembre derniers, j ‘ ai trouvé que la situation était nettement en voie d ‘ amélioration. J ‘ ai pu conforter cette impression en rencontrant notamment des responsables politiques de premier plan dont le Président de la République, Michel Sleiman, le Président du Conseil des ministres, Saad Hariri et l ‘ ancien chef du Gouvernement et Président du groupe majoritaire, Fouad Siniora. Et, de ces deux jours de voyage très riches, je tire trois enseignements majeurs.
Premièrement : j ‘ ai la conviction que le tandem Michel Sleimane – Saad Hariri peut ancrer durablement le Liban dans le calme et la stabilité. Au nom de mon groupe parlementaire, je leur ai dit combien la France comptait sur un Liban fort pour construire ensemble la paix au Proche-Orient. Combien la France était fermement attachée à la stabilité, à l ‘ intégrité et à l ‘ indépendance du Liban. J ‘ ai pu leur dire que l ‘ amitié, nouée depuis des siècles entre nos deux pays, nous liait dans un destin commun.
En retour, je dois avouer que j ‘ ai été profondément marqué par la vision, le courage et la détermination de Saad Haari. En gagnant les élections en juin dernier, il aurait été en droit de former un gouvernement regroupant exclusivement des membres de sa famille politique, le Parti du futur, et de sa coalition, l ‘ alliance du 14 Mars. Il a pourtant choisi de former un gouvernement d ‘ unité nationale, rassemblant toutes les formations politiques libanaises, pour affronter dans l ‘ unité les défis que son pays doit relever. Pari audacieux et réussi : le gouvernement Hariri a obtenu, suite à son discours de politique générale le 11 décembre dernier, la confiance du Parlement libanais par 122 voix sur 128. Il y a déjà eu des majorités moins unanimes ! Après tant d ‘ années de divisions, c ‘ est le signe d ‘ une maturité politique et démocratique encourageante. C ‘ est le signe que Saad Hariri a la volonté et la capacité d ‘ incarner le changement au Liban et de placer l ‘ intérêt général au centre de ses préoccupations.
En allant samedi à la rencontre du Président Bachar El Assad, Saad Hariri a aussi adressé un message très fort de paix au Proche Orient. En prenant le chemin de Damas pour le bien de son pays, il a faut preuve d ‘ un courage et d ‘ une responsabilité pour lesquels je veux dire mon admiration. Une normalisation des relations syro-libanaises est un premier pas indispensable vers un respect intégral de la souveraineté du Liban et de son équilibre intérieur. La France, qui est déjà à la pointe du dialogue avec la Syrie, est bien placée pour contribuer à soutenir ce réchauffement entre Beyrouth et Damas.
Deuxième enseignement : le Liban a une attente forte vis-à -vis de la France. Les relations entre France et Liban n ‘ ont jamais été aussi bonnes : hors pays arabes, la France est le premier investisseur au Liban, nos échanges commerciaux ont atteint un montant record en 2008, en hausse de 37% par rapport à 2007, et nos exportations ont pour la première fois dépassé le cap du milliard d ‘ euros. Dans ces échanges économiques, mais aussi culturels, la diaspora libanaise en France joue un rôle majeur de pont entre nos deux pays.
Mais nous devons aller encore plus loin dans notre coopération. Je crois que cela doit passer notamment par une intensification des échanges entre nos deux Parlements. C ‘ est une intuition que je partage avec mon ami Elie Aboud, député français de l ‘ Hérault d ‘ origine libanaise qui a beaucoup oeuvré pour ce voyage. En utilisant le cadre de l ‘ Union pour la Méditerranée, les parlementaires libanais et français pourraient notamment lancer des réflexions communes dans les domaines de l ‘ éducation, de la formation et de la jeunesse, de la transition de nos économies vers un modèle plus vert et plus numérique. L ‘ ancienneté de nos relations, la confiance qui nous unit, font naturellement de la France et du Liban un couple moteur pour relever les défis communs du monde méditerranéen.
Troisièmement : j ‘ ai retrouvé avec un grand plaisir Beyrouth, ville étonnante de vitalité, à la fois marquée par la commémoration des plaies encore vives du passé et résolument tournée vers l ‘ avenir ! J ‘ ai été profondément touché par la visite poignante du mausolée de Rafic Hariri. Sur les lieux mêmes de son assassinat a été dressée une tente couverte de drapeaux libanais à l ‘ intérieur de laquelle se trouve une stèle couverte de fleurs. Simple, dépouillé et fort. Voilà l ‘ hommage sincère et profond d ‘ un peuple envers un premier ministre qui a donné sa vie pour son pays.
A quelques centaines de mètres de ce mausolée, c ‘ est un tout autre Beyrouth qu ‘ on retrouve, avec son centre ville magnifique, neuf, entièrement braqué vers la modernité, avec ses rues pleines de vie. Voilà tout le paradoxe et toute la grande force du peuple libanais : savoir s ‘ appuyer sur les blessures anciennes pour rebondir toujours vers la construction d ‘ un futur meilleur.
Tous ces signes positifs nourrissent un certain optimisme pour l ‘ avenir du Liban. Mais il est beaucoup trop tôt pour affirmer que le Liban est tiré d ‘ affaire. C ‘ est pour cela que la France et son Parlement ont le devoir de tout faire pour soutenir le Liban afin qu ‘ il puisse continuer à avancer sur la voie de la stabilité nouvelle que j ‘ ai pu entrevoir à Beyrouth.

Laisser un commentaire
Pas encore de commentaire