Le fiasco des Bleus est-il une affaire d’Etat ?
Certaines voix s’élèvent pour dénoncer la politisation du fiasco de l’équipe de France à la Coupe du monde. Alors que notre pays doit affronter une crise économique sans précédent depuis 1929, ils estiment que l’irruption du foot sur la scène politique est soit dérisoire, soit une manœuvre de diversion pour masquer d’autres priorités…
En temps normal, je suis de leur avis. Les hommes politiques ne sont pas plus légitimes que les 65 millions de sélectionneurs français pour livrer leur analyse sur la qualité du jeu des Bleus…
Pour ma part, même si j’ai un avis sur le jeu de l’équipe de France comme beaucoup de supporters français, je ne m’estime pas plus compétent qu’un autre pour dire s’il fallait titulariser Valbuena ou Govou, sélectionner Benzema plutôt que Cissé, adopter un 4-4-2 plutôt qu’un 4-2-3-1, etc.
Pourtant, depuis la défaite, j’ai plusieurs fois pris la parole au sujet de l’équipe de France parce qu’il n’était plus question de qualité de jeu mais de l’image de la France à l’international et de la mission du sport professionnel dans notre société. Il n’est pas question pour moi de participer à un acharnement qui m’exaspère autant lorsqu’il touche les footballeurs que les responsables politiques ou économiques. Je refuserai toujours la recherche de boucs émissaires, surtout en période de crise : couper les têtes, c’est souvent un prétexte pour éviter de réfléchir aux causes réelles des problèmes. Mais, qu’on le veuille ou non, une Coupe du monde de football, ce n’est pas que du sport, c’est un évènement tellement symbolique qu’il prend une dimension politique. Et cela pour deux raisons qui sont d’ailleurs liées:
1/ Au niveau mondial, aucun autre évènement n’a une telle répercussion : la Fédération internationale de football (Fifa) a calculé que l’audience cumulée de la Coupe du monde 2006 s’était élevée à 26,29 milliards de téléspectateurs! Cet évènement représente une vitrine sans équivalent pour tous les pays du monde. On peut le regretter, mais force est de constater que l’image d’une nation doit aussi à l’image que renvoie son équipe de football. Ainsi, Zinedine Zidane est sans doute l’un des Français les plus connus dans le monde. Comme Pelé pour le Brésil ou Maradona pour l’Argentine, il incarne en partie la France aux yeux de beaucoup d’étrangers. Et même au sein de la communauté nationale, l’équipe est un repère et une référence pour nombre de citoyens.
2/ En France comme ailleurs, le sport joue un rôle important dans l’éducation de notre jeunesse. Plus de 2,3 millions de Français sont licenciés de la fédération française de foot (FFF) et ce sport est une école de la vie pour beaucoup de jeunes de notre pays. Il porte des valeurs fortes: dépassement de soi, conciliation entre qualités individuelles et sens du collectif, respect des règles et goût de l’effort. Autant de valeurs qui sont structurantes pour une société.
Pour ces raisons, le sport de haut niveau n’est pas totalement neutre politiquement. C’est d’ailleurs bien pour cela que, à la suite des Jeux olympiques ratés de Rome en 1960 (5 médailles seulement dont aucune en or), le général de Gaulle avait décidé de lancer une véritable politique de réorganisation du sport français. Les crédits alloués au sport avaient augmenté de 35%. Des structures avaient été rénovées afin d’offrir aux sportifs les meilleurs conditions de travail, comme l’Institut national du sport. L’Etat avait aussi défini de nouveaux rapports avec les fédérations via la mise en place des Directeurs techniques nationaux (agents de l’Etat détachés auprès des fédérations).
Aujourd’hui, il me semble que les responsables politiques ont leur mot à dire sur le naufrage de l’équipe de France. Le problème n’est pas sportif – perdre un match n’a jamais rien eu d’humiliant. Il y a même des défaites qui peuvent parfois presque valoir les victoires (souvenons-nous des Verts de 1976, des Bleus de 1982 à Séville, ou, plus proche de nous, du bras de fer épique de Nicolas Mahut à Wimbledon terminé sur le score de 70 à 68, et qui est en soi une performance sportive exceptionnelle). Inversement, il y a des victoires au goût amer, comme la qualification de l’équipe de France pour la Coupe du monde grâce à la main de Thierry Henry.
Le problème est plutôt que l’équipe de France, notamment hors du terrain, n’a pas respecté ses devoirs les plus élémentaires. Au-delà même d’un manque criant d’engagement, les Bleus et leur sélectionneur ont donné une image déplorable à tous les apprentis footballeurs français : individualisme exacerbé ou esprit de clan, insultes non suivies d’excuses, manque de respect pour les supporters et les adversaires. Dans nos clubs et dans nos écoles, les éducateurs sont désolés de ce spectacle alors qu’ils cherchent à inculquer sur le terrain les valeurs du sport.
Amalgames
Je me méfie cependant des généralisations que certains ont pu tirer de l’échec des Bleus. Alain Finkielkraut a par exemple dénoncé «l’esprit de la cité qui se laisse dévorer par l’esprit des cités». Cette formule facile dérange le maire de banlieue que je suis. L’écrasante majorité des habitants de nos quartiers ont été les premiers à regretter les débordements de cette équipe. Ils ne partageant pas du tout l’esprit de l’équipe qui est partie en Afrique du Sud et sont blessés par ce type d’amalgame.
Le naufrage des Bleus témoigne en fait d’une défaillance de toute la chaîne de commandement: depuis les dirigeants de la FFF jusqu’aux joueurs et à leur capitaine en passant bien sûr par le sélectionneur! Sur les dix dernières années, ce sont les joueurs de l’équipe de France qui ont pris le pouvoir dans le football professionnel français, au détriment des cadres de la FFF et du sélectionneur. Quand ces joueurs sont des leaders d’exception sur le terrain et dans le vestiaire comme les Zidane, Thuram, Vieira et Makelele de 2006, cela peut fonctionner et masquer les dysfonctionnements internes à la fédération. Quand ces joueurs n’ont ni le même charisme ni le même talent, cela donne les piteux échecs de 2008 et de 2010, avec un sentiment de confusion générale où on ne sait plus qui reçoit et qui donne des ordres. Bien sûr, les politiques disposent de très peu de leviers pour infléchir la gestion de la FFF, une association d’utilité publique où le concours financier de l’Etat est une goutte d’eau parmi plus de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais nous devons exiger des comptes. Il est temps de remettre de l’ordre dans la maison bleue, sans toutefois céder à la facilité d’une curée qui ne règlerait aucun des défauts structurels du système actuel.
Il faut désormais réfléchir à quelques questions majeures: en priorité, le mode de nomination des dirigeants de la FFF et sa gouvernance interne. Le comportement des joueurs est aussi une invitation à réévaluer les centres de formation, où les jeunes entrent vers 13-14 ans et reçoivent une formation uniquement centrée sur le foot, au détriment parfois d’autres fondamentaux de l’éducation. Comme Roselyne Bachelot, je pense enfin qu’il serait intéressant de faire signer aux joueurs une charte déontologique qui les engagera avant de représenter la France lors d’une compétition internationale. Ce point me paraît essentiel: être sélectionné est un honneur immense et exigeant, bien différent de l’engagement professionnel dans un club. Les joueurs doivent comprendre que c’est pour eux l’occasion de rendre sur le terrain, un peu de ce que la France leur a donné et qui a contribué à faire d’eux des champions d’exception. Porter le maillot bleu, c’est d’abord assumer une lourde responsabilité et remplir un devoir en donnant le meilleur de soi pour son pays.

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11 commentaires
Tout cela est bel et bien, mais ne faudrait-il pas également approcher le sujet dans l’autre sens et considérer que le comportement des joueurs, à base d’avidité et de cupidité, de clanisme, d’incapacité manifeste à se retrouver sur un élan commun est révélateur des dérives qui touchent notre pays (comme d’autres) ?
Je veux bien que l’on parle de vitrine, mais il faut l’accepter dans les deux sens, et accepter ou combattre l’idée qu’aujourd’hui, on mesure la réussite ou la qualité d’un individu ou d’une organisation à ses revenus financiers, pas à ce qu’elle apporte à la société. C’est, comme dirait l’autre, une autre idée de la France. Et de ce point de vue, l’équipe de France est très en pointe.
Cher Jean-François COPE,
Je vous rejoins entièrement sur le fait qu’il faut faire signer à tous les joueurs un contrat moral visant à respecter les valeurs qu’ils représentent. De ce fait, s’ils ne respectent pas l’engagement signé, ils doivent être aussitôt renvoyés de l’équipe de France.
Je trouve inadmissible, par exemple, que les footballeurs n’entonnent pas « La Marseillaise » ou que d’autres mâchouillent un chewing-gum pendant notre hymne. Ces joueurs-là n’ont rien à faire dans l’équipe de France.
Enfin, je trouve regrettable que cette affaire ait prit une dimension politique. Les problèmes étaient connus par tous et auditionner Mme Bachelot, ou MM. Domenech et Escallettes donnent une ingérence du politique dans une instance où il n’a pas lieu d’être.
Très cordialement,
Lionel TANGUY
Bonjour Mr Copé,
je vous ai entendu ce matin sur France Info dire qu’on ne devait pas être dupe de cette affaire Woerth, qui aurait pour fonction de masquer le débat sur les retraites (lol) …
Alors bravo pour cet exercice d’auto-justification à la veille d’auditionner Mrs Domenech et Escalettes à l’Assemblée. Vous êtes peut-être sincèrement amateur de football (je ne sais pas), mais pourquoi ne pas laisser ces problèmes à leur juste place ? N’avez vous pas d’autres chats à fouetter? Vous avez beau prendre des précautions oratoires en anticipant ces critiques, le spectacle que vous (les députés et l’exécutif) offrez est très choquant à contempler. Ca serait risisble si la situation actuelle n’était pas si grave. Tout ça mis bout à bout, je peux vous dire que ça fait un bel effet sur l’électeur (ça vous parle visiblement).
‘Promis, j’arrête la langue de bois.’ Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, disait quelqu’un que vous devez bien connaitre.
Nous ne sommes pas tous des moutons.
Quand rien ne va plus il est normal que l’Etat s’en mêle, le sport est pour bon nombre de nos jeunes un exemple , voire un modèle……. on mélange beaucoup trop « fric », « bling bling » , où est la valeur réelle de l’effort ?
Malheureusement n’est-ce pas aussi , tout simplement , le reflet des abus et dérives à tous niveaux : sportifs, politiques, financiers etc… ?
pour ce qui est du sport , la tournure est à l’argent , dommage , avant le sport était synonyme du dépassement de soi, d’une hygiène d’esprit , désormais les enfants sont dirigés vers le sport dans l’attente d’en faire des « champions » les salaires indécent des sportifs devraient ne pas être divulgués , et je suis sur que le sport retrouverais son aura
Pourquoi ne pas envisager que la prestation des joueurs en équipe de France soit bénévole et considérée comme un rendu à la Nation de la formation qu’elle leur a dspensée?L’honneur de représenter la France constituerait tout le prestige de la sélection et reprendrait alors tout le sens qu’il a perdu avec des joueurs mercenaires soumis uniquement aux exigences du meilleur profit.
Redonner aux valeurs , aux idées la primauté sur le profit,et au collectif le pas sur les individualismes me semble tout l’enjeu auquel notre société est confrontée aujourd’hui.
Cordilement,
Marie -hélène Gonzalez
Vice-présidente du comité de Toulon du Parti Radical Valoisien
Et si l’équipe de France n’était que le reflet du pays? Je m’éxplique, une majorité de gens bien une minorité qui pourrit tout et dont aucune autorité n’est capable de canalisé, des meneurs, des « clans » racio-religieuse » Et des personnes qui ne respectent vraiment rien?
Oui, c’est certain, le reflet d’une société à la dérive, en perte de valeur, de noblesse et d’amour. melon-pognon quand tu nous tiens… un vrai poison…
Quand une équipe n’est pas
capable de se qualifier , elle
n’a rien à faire à un Championnat du Monde.
On ne peut pas avoir toujours
d’excellents joueurs. C’est
logique et réaliste.
C’est tout simplement le reflet de notre Monde
Qui depuis quelque temps tombe dans l’excès,et mème dans l’Excès de l’excès,
dans tous les domaines.
Sans tempérance, tout en démesure, en oubliant que « l’excès nuit en tout »
L’excès du fric, du rève américain, du profit, de l’exploitation,
l’excès de caprice, on boudent l’entrainement,
dans l’ego,
dans l’orgueil,
dans les mots, on insultent,
dans la luxure,
dans le geste, le « coup de boule »,
dans les commentaires, média ou politique,
Mais aussi :
dans l’intégrisme,
dans la veangeance, guerre du golfe, 11 sept,
dans le libéralisme,
dans la précaution, en tonnes de vaccin,
dans la familliarité, photo à la Une d’un président avec phrase « limite »
dans la simplification, avant les médias disaient : Mr. le Président, puis Mr.Mitterrand ou Mr.Chirac, maintenant c’est Nicolas Sarkozy,
bientôt par escalade de cette excès de simplisme ce ne seras plus que les initiales, comme JPP (tiens on reviens au Foot), ou DSK,
Pourquoi pas JFC !!, s’il conserve une certaine notion de la mesure, qui fait tant défaut à d’autres.
L’excès, en quelque années, à transformé un fonctionnaire des PTT en suicidé de France Télécom, par avidité d’objectifs, et de profits !!
Arrètons cette escalade, ces excès, soyons plus mesurés, avec plus de tempérance, pour nos enfants et notre planète !!
En lisant les différents commentaires, je trouve un point commun: un constat navrant du monde actuel, où les valeurs sont inversées. C’est le Dieu-Argent qui domine et, bien entendu, pourrit tout!
mais il était normal que l’Etat dise son mot pour remettre les joueurs « à leur place »: il en allait du respect de la France au regard des Français et des pays étrangers! Quelle image sordide et déplorable leur attitude nous a renvoyée…
Il est temps que l’Ethique redevienne une valeur fondamentale de la société!